À la recherche de Stella – Alain Fleischer

Pour sa première exposition, le 180 reçoit Alain Fleischer.
Présentée pour la première fois dans la région, À la recherche de Stella est une œuvre emblématique qui contient toutes les préoccupations littéraires et artistiques mais également peut-être les plus intimes de l’artiste. L’œuvre est faite de ramifications, tirant son origine de l’image fixe, se présentant en une installation-projection, mouvements lumineux, et se poursuivant à travers l’écriture. Quatre livres complètent ainsi l’exposition - La nuit sans Stella, L’ascenseur, Immersion et La vision d’Avigdor, le marchand de Venise corrigé. L’installation repose sur une interactivité des plus rudimentaires. Une main, un miroir, un dispositif simple et efficace mais dont les rouages sont d’une douloureuse complexité. Des centaines de visages de femmes, photographies égrenées sur les tombes des anciens cimetières juifs de Venise et de Rome, sont rassemblés en quelques diapositives. Leurs projections viennent se perdre dans les moirages d’une succession de voiles noirs suspendus. En pénétrant dans le lieu, le visiteur reçoit tout d’abord la lumière des projecteurs, puis muni d’un petit miroir, il la renvoie et éclaire les murs, la charpente, la toiture de l’ancienne bâtisse qui a gardé les stigmates du temps. Il tend alors la main vers un visage, comme pour le caresser, comme pour en recueillir son souffle. L’association du miroir avec le portrait photographique, renforce le caractère intemporel de la trace mémorielle, celle du souvenir individuel, du souvenir collectif. Ainsi l’œuvre questionne l’empreinte conservée dans nos mémoires, sa survivance, le retour possible d’un au delà. L’ancien cimetière juif de Venise est d’ailleurs surnommé la casa dei viventi (la maison des vivants). L’altérité à laquelle Alain Fleischer convoque le visiteur le renvoie à sa place d’être humain, d’être pensant, conscient de sa précarité dans le vaste univers. Et quand par une nuit noire et profonde, celui-ci contemple le ciel constellé, son œil perçoit la lueur d’une étoile peut être depuis longtemps disparue mais dont l’éclat perdure au delà des générations. |